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DE L’ÂGE D’OR DE L’ARGENTINE AU RACHAT DE PÉROUSE : L’ENQUÊTE QUI INTERROGE SUR LA CIRCULATION DES REVENUS DE L’AFA

 

Entre 2021 et 2024, l’équipe nationale argentine a connu l’une des périodes les plus glorieuses de son histoire moderne. La victoire en Copa América 2021, le sacre mondial de 2022 puis un nouveau titre continental en 2024 ont considérablement renforcé la valeur commerciale de la sélection. Les droits audiovisuels, les tournées internationales, les contrats de sponsoring et l’exploitation de l’image des champions du monde ont transformé l’Association du football argentin en une organisation disposant de revenus internationaux particulièrement convoités.

 C’est dans ce contexte qu’une enquête journalistique a mis au jour des transferts financiers entre des comptes alimentés par des contrats liés à l’AFA et des sociétés appartenant au groupe devenu propriétaire du club italien de Pérouse. L’enjeu n’est donc pas de savoir si les victoires de Lionel Messi et de ses coéquipiers ont directement « acheté » un club européen, mais de comprendre comment l’argent généré autour de cette sélection aurait circulé à travers plusieurs sociétés avant d’atteindre une structure liée au Perugia Calcio.

Le rachat du club italien est un fait établi. En septembre 2024, l’entrepreneur argentin Javier Faroni a pris le contrôle du Perugia Calcio, ancien pensionnaire de Serie A évoluant alors dans les divisions inférieures italiennes. Le club a officiellement présenté Faroni comme son nouveau président après le changement de propriétaire. L’opération marquait l’arrivée d’un groupe argentin dans le capital d’une institution historique du football italien, avec un discours centré sur la reconstruction sportive et économique de Pérouse.

Le nom de Javier Faroni est central dans cette affaire. Producteur de spectacles, ancien responsable politique et homme d’affaires, il est également présenté dans les enquêtes argentines comme un intermédiaire commercial lié à l’exploitation internationale de certains revenus de l’AFA. Plusieurs structures apparaissent dans les documents publiés par la presse, notamment TourProdEnter LLC, enregistrée aux États-Unis, et Sports NextGen Ltd, une société britannique impliquée dans le groupe contrôlant le club italien. L’existence de ces sociétés n’est pas en elle-même illégale. La question soulevée par l’enquête concerne l’origine des sommes reçues, leur destination finale et la justification économique des transferts effectués entre ces différentes entités.

 

Tiffosi Peruggia Calcio 

 

DES REVENUS COMMERCIAUX PORTÉS PAR LES SUCCÈS DE LA SÉLECTION

Les titres remportés par l’Argentine ont créé un environnement commercial exceptionnel. Une sélection championne du monde attire davantage de sponsors, négocie plus facilement des matchs amicaux internationaux et valorise fortement ses droits de diffusion. La présence de Lionel Messi augmente encore cette attractivité mondiale. Il serait néanmoins imprécis d’affirmer que les primes versées par la FIFA ou la CONMEBOL ont directement financé le rachat de Pérouse. Les éléments publiés concernent surtout des comptes recevant des revenus commerciaux liés à l’AFA, notamment des droits audiovisuels, des contrats de sponsoring et d’autres activités internationales.

 

 

Selon les documents bancaires analysés par La Nación et repris par plusieurs médias argentins, plus de 5,7 millions de dollars auraient été transférés en vingt-cinq opérations, entre janvier et septembre 2025, depuis un compte associé à TourProdEnter vers Sports NextGen Ltd. Cette dernière société fait partie du montage entrepreneurial impliqué dans la propriété de Perugia. Les articles consacrés à cette enquête évoquent un total plus large d’environ 6,2 millions de dollars lorsque d’autres opérations sont prises en compte.

Le calendrier est important. Le rachat du club intervient en 2024, tandis que les vingt-cinq virements les plus précisément documentés auraient été effectués en 2025. Ces mouvements ne prouvent donc pas nécessairement que l’acquisition initiale a été intégralement réglée grâce à ces sommes. Ils peuvent aussi correspondre à du financement ultérieur, à des besoins de fonctionnement, à des remboursements ou à d’autres opérations entre les sociétés concernées. L’enquête journalistique établit une connexion financière ; elle ne remplace pas une expertise comptable ou une décision judiciaire déterminant exactement la destination de chaque dollar.

SPORTS NEXTGEN, LA SOCIÉTÉ AU CŒUR DU MONTAGE

Sports NextGen est essentielle pour comprendre le dossier, car cette entreprise apparaît à la fois dans la structure de contrôle du club et parmi les bénéficiaires de transferts provenant de comptes alimentés par les activités commerciales liées à l’AFA. Cette proximité entre les deux circuits nourrit le soupçon d’un mélange entre les ressources générées par la fédération et un investissement privé réalisé dans un club européen.

 

Lionel Messi brandit le trophée de la Coupe du monde au milieu des Argentins. Photo Franck FIFE / AFP

 

Une enquête d’Infobae publiée en janvier 2026 a ajouté un nouvel élément. Le média affirme que Sports NextGen aurait modifié ses statuts à la fin de 2025 afin de renforcer le pouvoir de Javier Faroni au sein de la société. Le nouveau dispositif lui aurait accordé un rôle indispensable à la constitution du quorum du conseil d’administration, tout en prévoyant une exception permettant à une institution financière garantie de prendre les actions en cas d’exécution d’une sûreté. Le même article rapporte également des changements parmi les administrateurs de l’entreprise au moment où la polémique prenait de l’ampleur. Ces modifications ne démontrent pas une infraction, mais elles ont renforcé l’intérêt des journalistes et des enquêteurs pour la gouvernance de la structure britannique.

Le même média évoque près de 39 millions de dollars qui auraient transité par des comptes alimentés par de l’argent lié aux contrats de l’AFA avant la dissolution de plusieurs sociétés américaines. Ce chiffre est beaucoup plus large que les 5,7 millions transférés directement vers Sports NextGen et ne doit donc pas être présenté comme le prix du Perugia. Il décrit plutôt l’ampleur générale du circuit financier examiné par les journalistes.

PEUT-ON DIRE QUE L’ARGENT DE L’AFA A FINANCÉ PÉROUSE ?

L’enquête permet de soutenir qu’une partie de l’argent provenant de comptes recevant des revenus liés à l’AFA a été transférée vers une société appartenant au groupe contrôlant Perugia. Cette formulation repose sur des documents bancaires et des registres de sociétés rapportés par plusieurs médias. Elle est plus précise que l’affirmation générale selon laquelle « l’argent de la Coupe du monde a acheté Pérouse ».

Pour aller plus loin et établir un détournement, il faudrait répondre à plusieurs questions. À qui appartenaient juridiquement les sommes après leur encaissement par la société intermédiaire ? S’agissait-il de revenus devant être reversés intégralement à l’AFA, de commissions contractuellement prévues ou de fonds librement utilisables par le prestataire ? Les prestations commerciales facturées étaient-elles réelles et proportionnées ? Les transferts vers Sports NextGen correspondaient-ils au financement du rachat, à des dépenses courantes du club ou à une opération sans lien direct avec l’acquisition ? Sans les contrats complets, les factures, les écritures comptables et les réponses des parties, ces interrogations restent ouvertes.

Cette prudence ne diminue pas l’importance des révélations. Une fédération nationale gère une marque collective, celle de la sélection et de ses joueurs. Lorsque des fonds issus de cette activité apparaissent dans des structures privées liées à l’acquisition d’un club étranger, l’intérêt public et sportif justifie une explication détaillée. La transparence est d’autant plus importante que l’AFA défend en Argentine un modèle associatif pour les clubs tout en entretenant, à travers un partenaire commercial, des liens avec une opération de propriété privée en Italie. Ce contraste politique a lui aussi alimenté les critiques dans le pays.

UNE AFFAIRE INSCRITE DANS UN CONTEXTE PLUS LARGE

Les révélations sur Pérouse sont apparues alors que les finances du football argentin faisaient déjà l’objet d’une forte attention judiciaire. En décembre 2025, la police fédérale a perquisitionné le siège de l’AFA et plusieurs clubs dans une autre enquête concernant des soupçons de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale liés à la société Sur Finanzas. Cette procédure est distincte du dossier Faroni–Perugia et ne doit pas être confondue avec lui. Elle montre néanmoins que les mécanismes financiers entourant le football argentin sont désormais examinés avec une vigilance accrue.

En juillet 2026, La Nación rapportait également que des agents du FBI et des procureurs fédéraux américains recueillaient des témoignages dans le cadre d’une investigation préliminaire sur des opérations financières associées à l’AFA et à la société de Javier Faroni. Une investigation préliminaire ne constitue ni une accusation ni une preuve de culpabilité, mais elle confirme que les flux révélés ont attiré l’attention au-delà de l’Argentine.

LE VÉRITABLE ENJEU : À QUI APPARTIENT LA VALEUR CRÉÉE PAR UNE SÉLECTION ?

Cette affaire pose finalement une question plus large que le seul rachat d’un club italien. Les revenus d’une fédération sont produits par une combinaison unique : les résultats des joueurs, la passion des supporters, les contrats commerciaux et la puissance symbolique du maillot national. Lorsque cette valeur est confiée à des sociétés privées chargées de sa commercialisation internationale, la gouvernance doit permettre de savoir combien d’argent est encaissé, quelles commissions sont versées et où les fonds sont ensuite transférés.

Les titres de 2021, 2022 et 2024 ont donné à l’AFA une puissance commerciale exceptionnelle. L’enquête sur Javier Faroni et Perugia suggère qu’une partie des revenus gravitant autour de cette réussite aurait emprunté un chemin complexe entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Italie. Les documents publiés donnent suffisamment de matière pour exiger des réponses, mais ils ne permettent pas encore de transformer chaque soupçon en certitude judiciaire.

L’histoire est donc moins simpliste, mais probablement plus importante, que l’idée d’un club acheté avec les primes de Lionel Messi. Elle raconte comment la réussite sportive d’une nation peut engendrer un écosystème financier mondial, difficile à suivre et parfois opaque. Et elle rappelle qu’au sommet du football, les trophées ne créent pas seulement des souvenirs : ils produisent une richesse considérable dont la destination mérite, elle aussi, d’être examinée.

 

 

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FAQ – Enquête sur les revenus de l'AFA et le rachat du Perugia Calcio

Pourquoi le rachat du Perugia Calcio suscite-t-il autant de questions ?

Parce que plusieurs enquêtes journalistiques ont mis en évidence des flux financiers entre des sociétés recevant des revenus commerciaux liés à l'Association du football argentin (AFA) et une société impliquée dans le contrôle du Perugia Calcio.


Le rachat du Perugia par Javier Faroni est-il un fait établi ?

Oui. Le rachat du club italien par un consortium dirigé par Javier Faroni a été officiellement annoncé par le Perugia Calcio en 2024.


Les revenus de l'AFA proviennent-ils uniquement de la Coupe du monde 2022 ?

Non. Les recettes de l'AFA proviennent de plusieurs sources, notamment les droits audiovisuels, les contrats de sponsoring, les matchs amicaux internationaux, le marketing et les compétitions remportées, comme la Copa América 2021, la Coupe du monde 2022 et la Copa América 2024.


L'enquête affirme-t-elle que les primes de la Coupe du monde ont directement servi à acheter Perugia ?

Non. Les enquêtes publiées évoquent des transferts financiers entre des sociétés liées aux revenus commerciaux de l'AFA et des sociétés impliquées dans le groupe propriétaire du Perugia. Elles ne démontrent pas que les primes sportives de la FIFA ont directement financé l'acquisition du club.


Quelle est la place de Sports NextGen dans cette affaire ?

Sports NextGen est l'une des sociétés citées dans les enquêtes journalistiques. Selon les documents publiés, elle aurait reçu plusieurs virements provenant d'une société alimentée par des revenus commerciaux liés à l'AFA et appartient au groupe impliqué dans le contrôle du Perugia Calcio.


Pourquoi Javier Faroni est-il au centre des investigations ?

Parce qu'il est à la fois le président du Perugia Calcio et l'un des dirigeants des sociétés mentionnées dans les enquêtes portant sur les flux financiers liés aux revenus commerciaux de l'AFA.


Une enquête judiciaire est-elle en cours ?

Des enquêtes journalistiques ont été publiées en Argentine et plusieurs autorités se sont intéressées aux flux financiers évoqués. Toutefois, à ce jour, aucune décision de justice définitive n'a établi qu'une infraction avait été commise dans le financement du rachat du Perugia.


Pourquoi cette affaire dépasse-t-elle le seul cas du Perugia ?

Parce qu'elle soulève des questions plus larges sur la gouvernance du football, la gestion des revenus générés par les sélections nationales, la transparence des contrats commerciaux et le rôle des sociétés intermédiaires dans les opérations internationales.


Les succès de l'Argentine ont-ils considérablement augmenté les revenus de l'AFA ?

Oui. Les victoires en Copa América et en Coupe du monde ont renforcé la valeur commerciale de la sélection argentine, entraînant une hausse des recettes liées aux sponsors, aux droits de diffusion, aux tournées internationales et aux accords marketing.


Pourquoi cette enquête est-elle importante pour le football mondial ?

Parce qu'elle rappelle que les grandes performances sportives génèrent des flux financiers considérables. Au-delà des trophées, cette affaire met en lumière les enjeux de transparence, de gouvernance et de traçabilité des revenus dans un football devenu une industrie mondiale.

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