À première vue, ce graphique publié par DataMB ressemble à un immense nuage de points. Des dizaines de milieux de moins de 23 ans évoluant dans les cinq grands championnats européens y sont positionnés selon deux variables : le taux de réussite au dribble sur l’axe horizontal et le nombre de passes longues par 90 minutes sur l’axe vertical. Plus un joueur se trouve à droite, plus son pourcentage de dribbles réussis est élevé. Plus il monte, plus il tente de passes longues par 90 minutes. DataMB définit le taux de réussite au dribble comme la part des dribbles tentés qui sont réussis et ses statistiques de passes longues comme des données normalisées par 90 minutes.
Ce graphique ne prétend donc pas répondre à la question souvent trop simpliste de savoir qui est « le meilleur milieu U23 d’Europe ». Il met en relation deux comportements techniques différents : la capacité à éliminer balle au pied et l'utilisation du jeu long. Et c'est précisément cette confrontation qui rend le nuage intéressant. Derrière une même étiquette de « milieu de terrain » apparaissent des profils extrêmement différents.

PEDRI : L’ART DE NE PAS AVOIR BESOIN D’ÊTRE EXTRÊME
Le premier nom qui attire naturellement l’attention est celui de Pedri. Sur le graphique de DataMB, le milieu du FC Barcelone se situe autour de 70 % de réussite au dribble et approximativement 4 passes longues par 90 minutes. Ces valeurs doivent être lues comme celles affichées sur le graphique publié : elles ne doivent pas être transformées en mesures plus précises que ne le permet la visualisation.
Sa position est néanmoins révélatrice. Pedri ne se trouve ni parmi les joueurs qui multiplient le plus les passes longues, ni complètement à l’extrémité droite du graphique. Il combine plutôt une bonne efficacité dans l’élimination avec un certain volume de jeu long.
Ce graphique ne suffit évidemment pas à définir son jeu. Les autres données DataMB donnent justement davantage de contexte : pour la saison 2026/27, Pedri se situe actuellement au 97e percentile pour les passes progressives réussies, au 84e percentile pour les passes clés et au 79e percentile pour les passes vers l’avant réussies, dans le référentiel affiché par DataMB.
Cela rejoint une idée essentielle lorsqu’on analyse les milieux modernes : la valeur d’un joueur ne dépend pas nécessairement de sa présence aux extrêmes d’un graphique.
Pedri n’a pas besoin d’être le premier dans une seule dimension pour peser sur la progression du ballon.
ELLIOT ANDERSON APPARAÎT DANS UNE ZONE TRÈS DIFFÉRENTE
Un autre nom important apparaît nettement plus à droite : Elliot Anderson.
Sur la visualisation, Anderson se situe autour de 85 % de réussite au dribble, avec environ 5 passes longues par 90 minutes. Là encore, il s’agit d’une lecture approximative du graphique et non d’une extraction des données brutes.
Sa position est intéressante parce qu’elle associe deux caractéristiques qui ne vont pas systématiquement ensemble : une efficacité élevée au dribble et une présence non négligeable dans le jeu long.
Le graphique permet ainsi de comprendre pourquoi deux joueurs classés administrativement dans la même catégorie de « milieu » peuvent contribuer très différemment à la progression d’une équipe.
PROGRESSION PAR LA PASSE ≠ PROGRESSION PAR LE DRIBBLE ≠ PROGRESSION PAR LE JEU LONG
Le football moderne demande de plus en plus d’identifier ces différences plutôt que de comparer uniquement les buts et les passes décisives.
ALEX SCOTT : L’EXTRÊME DROITE DU GRAPHIQUE
La position d’Alex Scott est encore plus spectaculaire.
Le joueur de Bournemouth apparaît presque à l’extrémité droite du nuage, autour de 95 % de réussite au dribble, pour un volume situé approximativement autour de quatre passes longues par 90 minutes.
Il faut néanmoins être extrêmement prudent avec ce type de donnée.
Un taux de réussite ne nous renseigne pas sur le volume de tentatives. Un joueur peut afficher un pourcentage exceptionnel en tentant relativement peu de dribbles, tandis qu’un autre peut posséder un taux inférieur tout en éliminant davantage d’adversaires sur l’ensemble d'un match.
C'est l'une des limites fondamentales du graphique.
DataMB montre par ailleurs Scott au 83e percentile pour les courses progressives dans son profil 2026/27, ce qui apporte une information complémentaire sur sa capacité à progresser balle au pied.
Autrement dit, pour analyser sérieusement un joueur, il faudrait associer au graphique au minimum le nombre de dribbles tentés par 90 minutes, les courses progressives et le contexte de possession.
ARTHUR AVOM : L’OUTLIER QUI CHANGE LA LECTURE DU GRAPHIQUE
Mais le joueur visuellement le plus singulier n'est peut-être ni Pedri, ni Anderson, ni Scott.
C'est Arthur Avom.
Le milieu de Lorient est complètement détaché du reste du nuage dans sa dimension verticale. Il apparaît autour de 8 passes longues par 90 minutes, alors que la majorité des joueurs du graphique est nettement plus basse.

Crédits : Nicolas Créach / Le Télégramm,
Sa réussite au dribble se situe en revanche beaucoup plus à gauche, autour de 25 % sur la visualisation.
C'est exactement le type de profil qui montre l'intérêt d'un nuage de points.
Si l'on observait uniquement le dribble, Avom apparaîtrait loin des joueurs les plus efficaces de l'échantillon. Mais lorsqu'on ajoute le jeu long, il devient immédiatement l'un des profils les plus atypiques de la représentation.
Les données complémentaires de DataMB renforcent cette singularité dans la distribution : Avom apparaît actuellement au 99e percentile pour les passes progressives réussies et au 96e percentile pour les passes vers l'avant réussies dans le profil publié par la plateforme.
Il faut toutefois éviter un raccourci : cela ne permet pas d'affirmer qu'Avom est le meilleur passeur long U23 d'Europe. Le graphique porte sur une métrique précise — le volume de passes longues par 90 minutes — et non sur leur qualité globale, leur difficulté ou leur impact.
UN MILIEU N’EST PLUS UN PROFIL UNIQUE
C'est probablement la principale information que révèle ce graphique.
Regardons sa forme générale.
La grande majorité des joueurs est concentrée dans une zone située approximativement entre 50 et 90 % de réussite au dribble et entre 1 et 4 passes longues par 90 minutes. Puis quelques profils s'en éloignent fortement.
Certains sont très à droite : forte réussite au dribble.
D'autres sont très hauts : utilisation importante du jeu long.
Certains combinent relativement bien les deux.
Et d'autres apparaissent très bas sur l'axe vertical tout en restant extrêmement efficaces balle au pied.
Le mot « milieu » regroupe donc des réalités statistiques très différentes.
Un numéro 6 chargé de la première relance, un relayeur sous pression, un milieu offensif évoluant entre les lignes et un joueur chargé de casser le pressing par la conduite peuvent tous apparaître dans cette catégorie tout en ayant des responsabilités radicalement différentes.
LE PIÈGE DU COIN SUPÉRIEUR DROIT
Face à un scatter plot, le réflexe est presque automatique : chercher les joueurs situés le plus haut et le plus à droite et considérer qu'ils sont les meilleurs.
Ce serait une erreur méthodologique.
Dans ce graphique, le coin supérieur droit signifie uniquement :
TAUX DE RÉUSSITE AU DRIBBLE ÉLEVÉ + NOMBRE IMPORTANT DE PASSES LONGUES PAR 90 MINUTES.
Il ne signifie pas :
MEILLEUR MILIEU.
Un joueur peut être essentiel à la progression de son équipe sans effectuer beaucoup de passes longues. Un autre peut tenter très peu de dribbles parce que sa fonction consiste précisément à déplacer rapidement le ballon plutôt qu'à provoquer un adversaire. Un troisième peut posséder un taux de réussite spectaculaire sur un nombre réduit de tentatives.
Le contexte tactique reste indispensable.
LE TAUX DE DRIBBLE PEUT LUI AUSSI TROMPER
Imaginons deux joueurs.
Le premier tente deux dribbles et en réussit deux.
Le second en tente dix et en réussit sept.
Le premier affiche 100 %.
Le second 70 %.
Pourtant, le deuxième joueur a réussi beaucoup plus d'éliminations.
Ce simple exemple explique pourquoi l'axe horizontal du graphique doit être interprété avec prudence. Il mesure l'efficacité, pas directement la quantité de déséquilibre créée.
C'est également pourquoi les outils de DataMB distinguent le taux de réussite des dribbles, le nombre de dribbles tentés par 90 minutes, les dribbles réussis par 90 minutes et les courses progressives.
Pour un département de recrutement, combiner ces variables serait beaucoup plus informatif que d'en isoler une seule.
LE JEU LONG NE SIGNIFIE PAS NÉCESSAIREMENT CRÉATIVITÉ
La même prudence doit être appliquée à l'axe vertical.
Effectuer beaucoup de passes longues peut correspondre à différentes réalités : orientation tactique de l'équipe, position plus basse sur le terrain, recherche fréquente des ailes ou de la profondeur, sorties de pression, ou simplement volume général de passes important.
Le nombre de passes longues par 90 minutes ne mesure donc pas automatiquement la créativité.
Il mesure un comportement.
Et c'est précisément cette distinction entre performance et profil qui rend ce type de graphique utile.
UN OUTIL DE SCOUTING PLUS QU’UN CLASSEMENT
La véritable valeur de cette visualisation apparaît lorsqu'on cesse de la regarder comme un classement.
Pour un recruteur, elle peut servir à identifier des joueurs atypiques.
Un club recherchant un milieu capable de casser le pressing par le dribble pourrait commencer par examiner la partie droite du graphique.
Un club recherchant davantage de jeu vertical ou de changements de zone pourrait regarder plus haut.
Un club souhaitant combiner les deux caractéristiques pourrait étudier les profils présents dans la zone supérieure droite.
Mais ce ne serait que la première étape.
Il faudrait ensuite analyser le volume de dribbles, la précision des passes longues, les passes progressives, les pertes de balle, les actions défensives, la position réelle, le rôle tactique, le niveau de possession de l'équipe et, évidemment, la vidéo.
C'est d'ailleurs cohérent avec la conception de l'outil DataMB : sa fonction « Plot » permet de sélectionner différentes métriques, positions, championnats et filtres afin de comparer les joueurs sous plusieurs angles.
LA DATA NE DIT PAS QUI EST LE MEILLEUR. ELLE MONTRE QUI EST DIFFÉRENT.
C'est finalement ce que raconte le mieux ce nuage de points.
Pedri apparaît dans une zone combinant efficacité au dribble et utilisation modérée du jeu long. Elliot Anderson se positionne plus à droite tout en conservant un volume intéressant dans la passe longue. Alex Scott apparaît parmi les profils les plus extrêmes en matière de taux de réussite au dribble. Arthur Avom, lui, se détache radicalement par son volume de passes longues.
Aucun de ces constats ne suffit à établir une hiérarchie entre eux.
En revanche, ils permettent de poser de meilleures questions.
Pourquoi un joueur dribble-t-il davantage ? Pourquoi un autre utilise-t-il autant le jeu long ? Quelle part de ces différences vient du talent individuel ? Quelle part vient du système ? Du poste ? Des partenaires ? Du niveau de possession de l'équipe ?
C'est là que la donnée devient réellement intéressante.
Pas lorsqu'elle prétend remplacer l'observation du football, mais lorsqu'elle permet de savoir où regarder et quoi chercher.
Dans un marché où les clubs cherchent de plus en plus à identifier des profils précis plutôt que simplement des noms, ce type de visualisation résume parfaitement l'évolution du scouting moderne :
NE PAS CHERCHER LE JOUEUR QUI A LES PLUS GROS CHIFFRES. CHERCHER LE JOUEUR DONT LES CHIFFRES CORRESPONDENT AU RÔLE DONT L'ÉQUIPE A BESOIN.
Source du graphique : DataMB, publication du 30 septembre 2026. Les positions chiffrées lues directement sur le nuage de points sont volontairement présentées comme approximatives lorsque les valeurs exactes ne sont pas affichées dans la publication.
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FAQ — COMPRENDRE LE NUAGE DE POINTS DES MILIEUX U23
Qu’est-ce qu’un nuage de points en football ?
Un nuage de points, ou scatter plot, permet de positionner des joueurs selon deux statistiques différentes. Chaque point représente un joueur. Sa position permet d’observer rapidement des tendances, des concentrations et des profils qui se distinguent du reste de l’échantillon.
Que mesure le graphique DataMB des milieux U23 ?
Le graphique publié par DataMB compare des milieux U23 des cinq grands championnats européens. L’axe horizontal représente le taux de réussite des dribbles, tandis que l’axe vertical représente le nombre de passes longues par 90 minutes.
Comment lire le graphique ?
Plus un joueur apparaît à droite, plus son taux de réussite au dribble est élevé. Plus il apparaît en haut, plus son volume de passes longues par 90 minutes est important. Sa position résulte donc de la combinaison de ces deux métriques.
Le joueur situé le plus en haut à droite est-il forcément le meilleur ?
Non. Le coin supérieur droit indique uniquement une combinaison entre fort taux de réussite au dribble et volume élevé de passes longues. Le graphique ne mesure pas l’ensemble des qualités nécessaires pour évaluer un milieu de terrain.
Pourquoi Pedri est-il intéressant sur ce graphique ?
Pedri apparaît dans une zone combinant une bonne efficacité au dribble et un volume intermédiaire de passes longues. Son positionnement illustre surtout un profil relativement équilibré entre les deux variables étudiées, sans permettre à lui seul de juger l’ensemble de son influence dans le jeu.
Pourquoi Arthur Avom apparaît-il comme un profil atypique ?
Arthur Avom se détache visuellement par sa position très élevée sur l’axe des passes longues par 90 minutes. Il constitue ainsi l’un des principaux profils atypiques du nuage sur cette métrique. Cela ne signifie toutefois pas automatiquement qu’il possède la meilleure qualité de passe longue.
Que signifie un taux de réussite au dribble élevé ?
Il indique qu’un joueur réussit une proportion importante de ses tentatives de dribble. Mais il faut connaître le volume de tentatives avant d’en tirer des conclusions : réussir deux dribbles sur deux et sept sur dix produit respectivement 100 % et 70 %, alors que le deuxième joueur a réussi davantage de dribbles.
Beaucoup de passes longues signifie-t-il qu’un joueur est plus créatif ?
Pas nécessairement. Le volume de passes longues peut dépendre du poste, du système tactique, de la possession ou des consignes de l’équipe. Cette statistique mesure avant tout la fréquence d’une action, pas directement la créativité du joueur.
Pourquoi utiliser des statistiques par 90 minutes ?
Les statistiques par 90 minutes permettent de comparer les joueurs sur une base commune de temps de jeu. Elles facilitent les comparaisons entre des joueurs ayant disputé des nombres de minutes différents, sans supprimer pour autant les différences de contexte tactique.
Ce type de graphique est-il utile pour le scouting ?
Oui, principalement pour identifier rapidement des profils particuliers. Un club peut repérer des joueurs correspondant à certaines caractéristiques avant d’approfondir l’analyse avec davantage de statistiques, la vidéo, le rôle tactique et le contexte de performance.
Quelles statistiques faut-il ajouter pour mieux comparer ces milieux ?
Le volume de dribbles tentés et réussis, les passes progressives, les courses progressives, la précision du jeu long, les pertes de balle et les actions défensives peuvent notamment compléter l’analyse. Deux métriques ne suffisent pas à établir une évaluation complète d’un joueur.
Quelle est la principale conclusion du graphique ?
Le nuage montre surtout la diversité des profils parmi les jeunes milieux évoluant dans les grands championnats européens. Son intérêt n’est pas de désigner automatiquement le meilleur joueur, mais de montrer comment différents milieux se distinguent selon le dribble et l’utilisation du jeu long.