Quality Report Sports| Rédaction Roger Le Galates
Pendant une grande partie de l’ère moderne du football, la possession du ballon a été associée à la domination. Contrôler le ballon permettrait de contrôler le match, d’imposer son rythme et, logiquement, d’augmenter ses chances de gagner.
Les données de Premier League invitent pourtant à nuancer cette relation.
Lors de la saison 2025/26, pour la première fois depuis 2005/06, davantage de rencontres de Premier League ont été remportées par l’équipe possédant moins de 50 % du ballon que par celle qui en avait la majorité.
Selon les données publiées par Opta Analyst, 139 matchs ont été gagnés par des équipes avec moins de 50 % de possession contre 137 par des équipes dépassant les 50 %.
Un écart minime, mais suffisamment significatif pour poser une question beaucoup plus profonde :
la possession est-elle toujours un indicateur pertinent de domination dans le football moderne ?
LA POSSESSION ET LA VICTOIRE : VINGT ANS DE PREMIER LEAGUE
Opta dispose de données détaillées sur la possession en Premier League depuis la saison 2005/06.
Cette première saison constitue justement un précédent intéressant : 152 matchs avaient été remportés par l’équipe possédant moins de 50 % du ballon, contre 149 par celle qui dépassait cette barre.
Pendant les 19 saisons suivantes, les équipes ayant la majorité du ballon ont cependant remporté davantage de rencontres que celles évoluant avec une possession minoritaire.
La saison 2025/26 marque donc un retour à une situation qui ne s’était plus produite depuis vingt ans.
Et le phénomène ne disparaît pas lorsqu'on éloigne l'analyse de la frontière très relative des 50 %.
En 2025/26, les équipes ayant moins de 45 % de possession ont remporté 89 matchs, tandis que celles ayant plus de 55 % du ballon en ont remporté 83.

Là encore, il faut remonter à 2005/06 pour retrouver une saison où le premier groupe avait remporté davantage de rencontres que le second.
Cela ne démontre pas que moins posséder le ballon est intrinsèquement supérieur.
Cela montre en revanche que la relation entre possession et victoire s'est considérablement complexifiée.
LE FOOTBALL FONCTIONNE PAR CYCLES
L'évolution présentée par Opta depuis 2005/06 n'est pas linéaire.
Les écarts entre les victoires obtenues avec une possession majoritaire et minoritaire ont régulièrement fluctué. Certaines périodes ont très nettement favorisé les équipes dominant le ballon, tandis que d'autres ont vu les deux approches se rapprocher.
L'une des périodes les plus importantes pour comprendre cette évolution correspond à l'arrivée de Pep Guardiola à Manchester City en 2016.
Avant sa première saison en Premier League, seulement quatre équipes avaient terminé une saison avec au moins 60 % de possession moyenne depuis 2005/06.
Durant chacune des huit premières saisons suivant son arrivée, au moins trois équipes atteignaient ce niveau.
Manchester City a lui-même dépassé les 60 % lors des dix saisons de Guardiola au club.
L'influence ne se résumait évidemment pas à conserver le ballon. Construction depuis le gardien, occupation des espaces, supériorités positionnelles et pressing après perte faisaient partie d'un modèle beaucoup plus large.
Mais la capacité à contrôler durablement le ballon est devenue l'un des symboles de cette période.
LA PREMIER LEAGUE EST-ELLE EN TRAIN DE CHANGER ?
Les données des dernières saisons suggèrent désormais une évolution différente.
En 2023/24, une équipe avait enregistré au moins 60 % de possession dans 202 rencontres de Premier League. Ces équipes avaient remporté 108 de ces matchs, soit 53,5 %.
En 2024/25, le nombre de rencontres concernées est tombé à 146 et seulement 57 ont été remportées par l'équipe dépassant 60 % de possession.
La saison 2025/26 a ensuite enregistré un taux de victoire de seulement 34,1 % pour les équipes atteignant au moins 60 % de possession, le plus faible relevé sur une saison de Premier League dans les données d'Opta.
Il ne s'agit donc plus uniquement de comparer 49 % et 51 % de possession.
Même une domination très importante du ballon ne garantit plus nécessairement une domination du résultat.
POURQUOI GAGNER SANS LE BALLON PEUT-IL ÊTRE EFFICACE ?
Une équipe peut volontairement accepter de ne pas contrôler majoritairement le ballon tout en contrôlant d'autres dimensions du match.
L'espace en est une.
Lorsqu'une équipe avance avec beaucoup de joueurs et cherche à construire, elle peut laisser des espaces derrière son organisation. Pour l'adversaire, récupérer le ballon puis attaquer rapidement ces zones peut alors être plus intéressant que multiplier les longues séquences de possession.
Les données sur les fast breaks — les contre-attaques rapides débutant dans sa propre moitié de terrain face à une défense au moins partiellement désorganisée — permettent d'observer cette évolution.
Avant 2024/25, aucune saison de Premier League depuis le début de cette série statistique en 2006/07 n'avait dépassé 1,49 tir issu d'un fast break par match.
Les saisons 2024/25 et 2025/26 ont respectivement atteint 1,79 et 1,75.
Autrement dit, les transitions rapides ont pris une place importante dans le paysage récent de la Premier League.
MOINS DE POSSESSION NE SIGNIFIE PAS FORCÉMENT JOUER DÉFENSIVEMENT
C'est une distinction essentielle.
Une possession faible ne permet pas, à elle seule, de déterminer si une équipe est offensive ou défensive.
Une équipe peut presser très haut, récupérer rapidement le ballon et attaquer immédiatement sans produire de longues séquences de passes.
Elle peut donc générer des situations dangereuses tout en terminant le match avec moins de possession que son adversaire.
À l'inverse, une équipe peut accumuler les passes sans parvenir à progresser efficacement vers le but.
Le volume de possession ne renseigne pas directement sur la qualité de cette possession.
C'est probablement l'une des limites les plus importantes de cette statistique lorsqu'elle est utilisée seule.
AVOIR LE BALLON RESTE-T-IL UN AVANTAGE ?
Il serait excessif de conclure que le football de possession est devenu inefficace.
Arsenal a remporté la Premier League 2025/26 avec 56,3 % de possession moyenne, soit la quatrième valeur la plus élevée du championnat.
Onze des vingt équipes de Premier League ont d'ailleurs terminé cette saison avec plus de 50 % de possession moyenne.
Les meilleures équipes restent parfaitement capables de gagner en contrôlant le ballon.
La question est plutôt de savoir si posséder davantage constitue encore, à lui seul, un avantage aussi significatif qu'auparavant.
Les données récentes suggèrent que ce n'est plus aussi évident.
LA POSSESSION EST UNE DONNÉE, PAS UNE EXPLICATION
Il existe également un problème méthodologique important lorsqu'on analyse possession et résultat.
Le score influence lui-même la possession.
Une équipe qui prend l'avantage peut volontairement reculer, laisser davantage le ballon à son adversaire et chercher les transitions. À la fin de la rencontre, elle peut donc apparaître comme l'équipe ayant eu le moins de possession alors qu'elle n'avait pas nécessairement prévu de jouer ainsi pendant 90 minutes.
La possession finale est donc autant susceptible d'être une conséquence du scénario du match qu'une cause de son résultat.
C'est pourquoi elle gagne à être associée à d'autres indicateurs : qualité des occasions, tirs, progression territoriale, récupérations hautes, transitions, zones d'entrée dans le dernier tiers ou encore efficacité offensive.
CE QUE LA DATA CHANGE DANS NOTRE LECTURE DU FOOTBALL
Pendant longtemps, les statistiques affichées après une rencontre ont encouragé une lecture relativement simple :
plus de possession = domination.
Les données contemporaines obligent à dépasser cette équation.
Une équipe peut dominer territorialement sans monopoliser le ballon. Elle peut contrôler les espaces qu'elle souhaite abandonner et ceux qu'elle veut protéger. Elle peut également chercher volontairement à provoquer certaines situations de transition plutôt qu'à construire de longues possessions.
Dans cette logique, la question pertinente n'est plus simplement :
« Qui a eu le ballon ? »
Mais plutôt :
« Qu'a fait chaque équipe lorsqu'elle l'avait — et qu'a-t-elle provoqué lorsqu'elle ne l'avait pas ? »
LA FIN DU FOOTBALL DE POSSESSION ? NON. LA FIN D'UN RACCOURCI ? PEUT-ÊTRE.
Les données de Premier League ne permettent pas d'annoncer la disparition du football de possession.
Elles montrent quelque chose de plus intéressant.
Pour la première fois depuis vingt ans, en 2025/26, les équipes ayant moins de 50 % du ballon ont remporté davantage de matchs que celles qui en avaient la majorité.
Dans le même temps, les transitions rapides ont pris davantage de place et les équipes capables de gagner sans monopoliser le ballon semblent disposer de solutions de plus en plus efficaces.
Le football reste cyclique. Cette tendance pourra évoluer à nouveau.
Mais une chose apparaît déjà clairement : le pourcentage de possession, isolé du contexte, ne suffit plus à raconter un match.
Et peut-être n'a-t-il jamais suffi.
LA DATA MONTRE LES TENDANCES. QRS ANALYSE CE QU'ELLES CHANGENT.
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