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ARABIE SAOUDITE : POURQUOI LE NOUVEAU MODÈLE DE PROPRIÉTÉ DES GÉANTS SAOUDIENS PEUT CHANGER LA PROCHAINE PHASE DU PROJET FOOTBALL


Le football saoudien entre dans une nouvelle étape de sa transformation. Le modèle lancé en 2023 avait placé le Public Investment Fund (PIF) au centre de quatre géants du pays : Al-Hilal, Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli. À l'époque, le dispositif officiel prévoyait que le PIF possède 75 % de chacune des sociétés contrôlant ces clubs, les 25 % restants appartenant à des organisations à but non lucratif. Cette architecture avait donné au fonds souverain un rôle déterminant dans la transformation économique et sportive de quatre des principales institutions du championnat.

Aujourd'hui, ce modèle évolue. L'information visible dans le communiqué relayé sur les réseaux sociaux indique que le PIF détiendrait désormais 100 % d'Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli, après dissolution des conseils d'administration des structures à but non lucratif qui possédaient précédemment 25 %. Pour Al-Hilal, la trajectoire est différente : Kingdom Holding Company a signé en avril 2026 un accord contraignant pour acquérir 70 % d'Al-Hilal Club Company auprès du PIF, celui-ci devant conserver 30 %. Cette opération a été officiellement annoncée par le PIF et par Kingdom Holding. Elle repose sur une valeur d'entreprise d'environ 1,4 milliard de riyals saoudiens, tandis que les 70 % acquis par Kingdom Holding représentent une contrepartie de 840 millions de riyals. La finalisation de cette transaction reste soumise aux autorisations réglementaires et aux conditions prévues dans l'accord.

DU CONTRÔLE À 75 % À UNE LOGIQUE DE PROPRIÉTÉ ENCORE PLUS DIRECTE

Image GETTY C.Ronaldo avec Al Nasser 

 

Pour comprendre l'importance de ce changement, il faut revenir à 2023. Lorsque le projet d'investissement et de privatisation des clubs sportifs a été lancé, le gouvernement saoudien avait transformé Al-Hilal, Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli en sociétés. Le PIF en détenait 75 %, tandis que les organisations à but non lucratif associées aux clubs conservaient les 25 % restants. Les conseils d'administration des sociétés comprenaient alors cinq membres désignés par le PIF et deux provenant des organisations à but non lucratif.

Le passage annoncé à 100 % pour Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli représente donc bien davantage qu'une modification comptable. Si l'on compare cette situation à l'architecture de 2023, le PIF concentrerait désormais la totalité de la propriété de ces trois sociétés. Cela simplifie mécaniquement leur structure capitalistique puisqu'un actionnaire unique remplace la répartition 75/25 qui prévalait auparavant.

LE PREMIER AVANTAGE : UNE GOUVERNANCE POTENTIELLEMENT PLUS SIMPLE

C'est probablement l'un des avantages les plus évidents de ce modèle. Avec 100 % du capital, il n'existe plus de partage de propriété entre le PIF et une organisation à but non lucratif. Les décisions concernant la stratégie économique, les investissements, le développement commercial ou les infrastructures peuvent donc s'inscrire dans une structure de propriété plus centralisée.

Il faut néanmoins éviter un raccourci : posséder 100 % d'une société ne signifie pas automatiquement que toutes les décisions deviennent meilleures ou plus rapides. La qualité de la gouvernance dépend toujours des dirigeants, des procédures internes et de la stratégie adoptée. Mais sur le plan capitalistique, le système est incontestablement plus lisible.

 

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DEUXIÈME AVANTAGE : PRÉPARER DES ACTIFS PLUS FACILES À VALORISER ET, ÉVENTUELLEMENT, À CÉDER

 

Le club saoudien d’Al-Ahli, où évoluent notamment Riyad Mahrez et Édouard Mendy, a remporté la Ligue des champions asiatique samedi 3 mai en s’imposant 2-0 contre les Japonais du Kawasaki Frontale dans son stade à Jeddah (Arabie Saoudite). | GETTY IMAGES VIA AFP

 

Le cas d'Al-Hilal donne ici un exemple particulièrement intéressant. Le PIF explique avoir accompagné le club dans l'amélioration de sa gouvernance, de ses performances opérationnelles, de ses infrastructures et de ses installations. Le fonds indique également que cette transformation s'est traduite par une progression des revenus commerciaux et de la valeur du club, notamment grâce aux sponsors, au merchandising et aux recettes de jours de match.

Puis intervient Kingdom Holding. L'entreprise a accepté d'acquérir 70 % du capital pour 840 millions de riyals, sur la base d'une valorisation des fonds propres de 1,2 milliard de riyals et d'une valeur d'entreprise d'environ 1,4 milliard. Kingdom Holding a également indiqué vouloir financer l'opération sur ses ressources internes.

C'est là que la stratégie devient particulièrement intéressante d'un point de vue football business. Le PIF affirme explicitement que la vente s'inscrit dans sa stratégie visant à maximiser les rendements et à redéployer le capital dans l'économie saoudienne. Autrement dit, son rôle dans le football ne doit pas nécessairement être celui d'un propriétaire éternel. Le fonds peut contribuer à transformer un actif, accroître son attractivité économique, puis ouvrir davantage son capital à un investisseur privé.

AL-HILAL DEVIENT LE LABORATOIRE D'UN AUTRE MODÈLE

La différence avec Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli devient alors fondamentale. Ces trois clubs s'orientent, selon l'annonce relayée, vers une propriété intégrale du PIF, tandis qu'Al-Hilal prend le chemin inverse avec l'arrivée d'un investisseur privé majoritaire.

Kingdom Holding ne récupère d'ailleurs pas un actif sans activité commerciale significative. Les informations publiées sur le Saudi Exchange indiquent qu'Al-Hilal Club Company a enregistré 413 millions de riyals de revenus issus de ses activités principales sur l'exercice clos en juin 2023, puis 659 millions en 2024 et 842 millions en 2025.

Cette évolution donne une autre lecture du gigantesque investissement réalisé dans le football saoudien depuis 2023. L'objectif ne consiste pas seulement à recruter des stars ou à renforcer le niveau sportif de la Saudi Pro League. Il existe également une logique de transformation des clubs en véritables actifs économiques, capables de développer leurs revenus, leur marque, leurs infrastructures et leur attractivité auprès d'investisseurs.

LE PRINCIPAL INCONVÉNIENT : UNE CONCENTRATION EXTRÊME DU POUVOIR

 

La propriété à 100 % possède néanmoins son revers. Avec un actionnaire unique, la diversité institutionnelle au niveau de l'actionnariat disparaît. Dans l'ancien système, les organisations à but non lucratif détenaient encore 25 % des sociétés et participaient à leur gouvernance par l'intermédiaire de représentants au conseil d'administration.

Le nouveau modèle peut donc être plus simple, mais il concentre également davantage la responsabilité. Si la stratégie fonctionne, le propriétaire bénéficie directement de la création de valeur. Si elle échoue, il supporte également une exposition plus importante. Dans une industrie aussi imprévisible que le football, où les performances sportives peuvent influencer les recettes commerciales, les qualifications continentales et l'attractivité internationale, cette concentration n'est pas anodine.

AUTRE QUESTION : COMMENT CONSTRUIRE L'AUTONOMIE FINANCIÈRE DES CLUBS ?

C'est probablement le véritable défi à long terme. Acheter des joueurs prestigieux peut accélérer la visibilité d'un championnat. Construire des clubs capables de générer durablement leurs propres revenus est beaucoup plus complexe.

L'exemple d'Al-Hilal montre toutefois la direction recherchée. Le PIF cite précisément l'amélioration des revenus provenant des sponsors, du merchandising et des jours de match. Kingdom Holding annonce de son côté vouloir améliorer les performances commerciales du club, développer ses partenariats internationaux et poursuivre le développement d'infrastructures sportives.

Le succès du modèle saoudien ne pourra donc pas être jugé uniquement à travers les montants dépensés pendant les mercatos. Il faudra observer la capacité des clubs à transformer leur nouvelle exposition mondiale en revenus commerciaux récurrents.

LA PRIVATISATION DU FOOTBALL SAOUDIEN EST DÉJÀ BEAUCOUP PLUS LARGE

Il serait également réducteur de limiter cette transformation aux quatre géants. Le programme de privatisation concerne progressivement une partie beaucoup plus importante du football saoudien. Après la première phase de 2023, quatorze clubs ont été proposés à des investisseurs locaux et internationaux lors d'une deuxième phase. Une troisième phase a ensuite concerné notamment Abha, Al-Fateh, Al-Riyadh, Al-Tai et Al-Shoulla.

Cette évolution permet de comprendre le mouvement de fond : l'Arabie saoudite cherche progressivement à faire entrer davantage de capitaux et de logique entrepreneuriale dans son industrie sportive. Le PIF peut servir de moteur initial à cette transformation sans nécessairement rester l'actionnaire majoritaire de chaque actif indéfiniment.

LE VRAI ENJEU N'EST PEUT-ÊTRE PLUS DE SAVOIR COMBIEN LE PIF VA DÉPENSER

Pendant plusieurs années, l'attention internationale s'est principalement concentrée sur une question : combien l'Arabie saoudite est-elle prête à investir dans son football ? Les évolutions actuelles invitent à poser une question différente : que compte-t-elle faire des clubs après les avoir transformés ?

Al-Hilal fournit déjà une partie de la réponse. Après avoir détenu 75 % du club depuis 2023, le PIF a signé un accord pour céder une participation majoritaire de 70 % à Kingdom Holding tout en conservant 30 %. Le fonds présente lui-même cette opération comme un moyen de maximiser ses rendements et de redéployer son capital.

Si le passage annoncé à 100 % d'Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli s'inscrit dans cette même trajectoire, la question deviendra particulièrement intéressante : cette prise de contrôle intégrale constitue-t-elle une destination finale ou une étape supplémentaire avant l'arrivée future d'investisseurs privés ? À ce stade, aucun des éléments vérifiés ne permet d'affirmer qu'une vente de ces trois clubs est programmée. Mais le précédent Al-Hilal montre désormais qu'une sortie partielle du PIF au profit d'un investisseur privé fait bel et bien partie des possibilités du nouveau football saoudien.

C'est peut-être là que se trouve le changement le plus important. Le projet saoudien passe progressivement d'une logique essentiellement perçue comme celle d'un investissement massif dans le football à celle de la construction, de la valorisation et potentiellement de la privatisation d'actifs sportifs. Et si cette stratégie fonctionne économiquement autant que sportivement, son impact pourrait largement dépasser le prochain mercato.

 

 

LE FOOTBALL SAOUDIEN CHANGE DE DIMENSION 
Le PIF renforce son contrôle sur plusieurs géants saoudiens tandis qu’Al-Hilal suit une trajectoire différente avec l’arrivée de Kingdom Holding. Derrière ces mouvements se dessine une nouvelle étape : gouvernance, valorisation des clubs, capitaux privés et développement commercial.
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FAQ — PIF, AL-NASSR, AL-ITTIHAD, AL-AHLI ET AL-HILAL

Qu’est-ce que le PIF dans le football saoudien ?

Le Public Investment Fund (PIF) est le fonds souverain d’Arabie saoudite. Il joue un rôle central dans la transformation économique du football saoudien et est impliqué dans plusieurs des principaux clubs du pays.

Quels clubs sont concernés par cette nouvelle organisation ?

Les clubs concernés sont Al-Nassr, Al-Ittihad, Al-Ahli et Al-Hilal. Al-Hilal suit toutefois une trajectoire différente avec l’accord prévoyant l’entrée majoritaire de Kingdom Holding Company à son capital.

Le PIF détient-il désormais 100 % d’Al-Nassr ?

Selon le communiqué relayé, le PIF détient désormais 100 % d’Al-Nassr, contre 75 % dans l’organisation mise en place en 2023.

Le PIF détient-il également 100 % d’Al-Ittihad et Al-Ahli ?

Oui, selon cette même annonce, le PIF passe également à 100 % d’Al-Ittihad et d’Al-Ahli, alors que les structures à but non lucratif détenaient auparavant 25 % de chaque club.

Pourquoi Al-Hilal n’est-il pas détenu à 100 % par le PIF ?

Al-Hilal fait l’objet d’une stratégie différente. Kingdom Holding Company a signé un accord pour acquérir 70 % d’Al-Hilal Club Company, le PIF devant conserver les 30 % restants après réalisation de l'opération.

Quel est l’intérêt pour le PIF de contrôler entièrement certains clubs ?

Une détention à 100 % simplifie la structure de propriété et concentre le pouvoir de l’actionnaire. Elle peut faciliter la mise en œuvre d’une stratégie commune, mais elle concentre également les responsabilités et les risques financiers.

Le PIF pourrait-il ensuite vendre une partie d’Al-Nassr, Al-Ittihad ou Al-Ahli ?

C'est une possibilité théorique, notamment au regard du modèle choisi pour Al-Hilal, mais rien ne permet actuellement d’affirmer qu’une vente de participations dans ces trois clubs est programmée.

Pourquoi l’opération Al-Hilal est-elle importante ?

Elle montre qu’un grand club saoudien développé avec le soutien du PIF peut ensuite accueillir un investisseur privé majoritaire. Cela donne une dimension supplémentaire au programme de privatisation et de transformation économique du football saoudien.

Quels sont les risques de cette stratégie ?

Une propriété très concentrée rend le propriétaire davantage exposé aux performances économiques du club. L’autre défi sera de rendre les clubs suffisamment solides commercialement pour développer durablement leurs revenus indépendamment des investissements réalisés par leurs actionnaires.

Le football saoudien cherche-t-il à devenir moins dépendant des investissements directs ?

Le développement du sponsoring, du merchandising, des infrastructures, des revenus de match et l’arrivée de capitaux privés montrent une volonté de renforcer l’activité économique des clubs. Il faudra néanmoins observer leur évolution sur plusieurs années pour déterminer jusqu’où cette autonomie financière pourra aller.

Est-ce une nouvelle étape de la privatisation du football saoudien ?

Oui, ces changements s’inscrivent dans une transformation plus large du secteur sportif saoudien. Le véritable enjeu sera désormais de savoir si les investissements réalisés peuvent transformer durablement les clubs en actifs sportifs et commerciaux capables de générer davantage de valeur.

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