La VAR devait corriger les erreurs évidentes. Elle devait éviter les injustices majeures, les buts hors-jeu flagrants, les penalties oubliés, les cartons rouges manqués ou les fautes grossières ayant échappé à l’arbitre. Mais depuis son introduction, une question revient sans cesse : jusqu’où peut-on remonter dans une action pour annuler un but ?
C’est là qu’entre en jeu une notion essentielle mais encore peu comprise du grand public : l’APP, pour Attacking Possession Phase. En français, on peut la traduire par phase de possession offensive. Cette notion permet à la VAR de remonter au début de l’action qui mène à un but afin de vérifier si une faute, une main, un hors-jeu ou une infraction de l’équipe attaquante a eu lieu avant la finition.
Sur le papier, l’idée paraît logique. Si une équipe récupère le ballon illégalement, construit une attaque et marque dans la continuité, il semble normal de pouvoir annuler le but. Le problème, c’est que dans certains cas, cette logique peut conduire à revenir très loin en arrière. Et c’est précisément là que la VAR entre en conflit avec l’esprit du football.
Le cas Argentine Égypte en huitième de finale de la Coupe du monde 2026 illustre parfaitement ce débat. Un but égyptien a été annulé après une faute signalée sur Lisandro Martínez au début de la séquence offensive. Le problème n’était pas seulement la faute elle-même. Le problème était la distance temporelle et géographique entre cette faute et le but marqué. Pour de nombreux supporters, l’action semblait déjà appartenir au passé. Le ballon avait progressé, le jeu avait continué, la défense avait eu le temps de se replacer, et pourtant la VAR est revenue sur l’origine de la possession.

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C’est légal dans l’esprit du protocole VAR si la possession offensive n’a jamais été clairement interrompue. Mais légal ne veut pas toujours dire acceptable pour le ressenti collectif.
Le football n’est pas seulement un sport de règlement. C’est aussi un sport d’instinct, de rythme, d’émotion et de continuité. Quand un but est marqué après une longue action, les joueurs, le stade et les téléspectateurs vivent l’instant comme une conséquence directe de ce qu’ils viennent de voir. Si la VAR revient très loin en arrière, elle transforme l’émotion immédiate en enquête judiciaire.
C’est là que l’APP devient problématique sur le plan éthique.
Le principe du fair-play repose sur l’idée que le jeu doit rester compréhensible, équitable et lisible pour tous. Or, lorsqu’un but est annulé pour une faute très éloignée du moment décisif, beaucoup ont l’impression que la règle n’est plus utilisée pour protéger le jeu, mais pour le disséquer.
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La VAR devait corriger les erreurs manifestes. Elle ne devait pas devenir une machine à rechercher la moindre imperfection dans une action longue. Si chaque but peut être déconstruit seconde par seconde, passe par passe, duel par duel, alors presque toutes les grandes actions offensives peuvent devenir contestables.
C’est le cœur du problème.
Dans le football réel, il existe des contacts, des duels, des tirages légers, des charges, des déséquilibres et des micro-fautes à chaque possession. L’arbitre laisse souvent jouer parce que le football est un sport de continuité. Mais avec l’APP, une faute non sifflée loin du but peut soudain prendre une importance énorme si l’action se termine par un but.
Le danger est donc de créer une justice à géométrie variable. Une faute identique peut être ignorée si l’action ne mène à rien, mais devenir décisive si elle aboutit à un but vingt secondes plus tard. Cela donne l’impression que l’on ne juge plus vraiment la faute, mais la conséquence de l’action.
Cette logique peut aller contre l’éthique du football car elle punit parfois une équipe non pas pour un avantage immédiat évident, mais pour une séquence longue où l’adversaire a encore eu plusieurs occasions de défendre.
Le football accepte depuis toujours une part d’imperfection. Cette imperfection fait partie de son rythme. Une équipe peut perdre un duel, mal se replacer, rater une intervention, puis encaisser. Mais si l’on revient systématiquement au premier contact contestable, on déplace la responsabilité. Le but n’est plus analysé comme le résultat d’une attaque réussie ou d’une défense ratée, mais comme la conséquence d’un détail isolé au début de la phase.
C’est pour cela que beaucoup réclament une clarification.
Faut-il limiter l’APP à quelques secondes avant le but ? Faut-il fixer un nombre maximum de passes ? Faut-il considérer qu’un changement clair de zone, une phase de temporisation ou un replacement défensif complet doit mettre fin à l’examen VAR ? Aujourd’hui, le critère principal reste la continuité de la possession. Mais cette continuité peut parfois durer longtemps.
La FIFA et l’IFAB défendent généralement une philosophie : minimum d’interférence, maximum de bénéfice. Cette formule est centrale. Elle signifie que la VAR ne doit pas arbitrer à la place de l’arbitre, mais intervenir uniquement pour corriger les erreurs claires et évidentes.
Or, lorsque l’on revient très loin dans une action, cette philosophie semble fragilisée. Plus la VAR remonte loin, plus la décision paraît technique, froide et contestable. Le spectateur ne voit plus une erreur évidente. Il voit une recherche rétrospective d’un motif d’annulation.
C’est là que la perception devient destructrice.
Un sport peut avoir raison juridiquement et perdre la confiance émotionnelle de son public. Si les supporters ne comprennent plus pourquoi un but est annulé, ou s’ils ont l’impression que la VAR peut toujours trouver quelque chose, la technologie devient suspecte. Elle n’est plus perçue comme un outil de justice, mais comme un instrument d’intervention permanente.
Le cas Argentine Égypte pose donc une vraie question de fond : la VAR doit-elle chercher la vérité absolue ou protéger l’équilibre du jeu ?
La vérité absolue consiste à dire qu’une faute au début de l’action doit annuler le but si la possession continue. L’équilibre du jeu consiste à reconnaître que toutes les fautes n’ont pas le même poids selon le moment, la distance, l’impact réel et la possibilité pour l’adversaire de défendre ensuite.
Le football a besoin de justice, mais il a aussi besoin de proportionnalité.
C’est probablement le mot le plus important dans ce débat. Une faute évidente juste avant un but doit être sanctionnée. Une main décisive dans la surface doit être sanctionnée. Un hors-jeu actif doit être sanctionné. Mais une faute lointaine, discutable ou sans impact direct immédiat sur la finition pose un problème différent.
L’APP est donc une règle nécessaire, mais dangereuse si elle est appliquée sans limite claire. Elle protège l’équité lorsqu’elle empêche une équipe de profiter d’une récupération illégale. Mais elle peut abîmer l’esprit du jeu lorsqu’elle transforme une action longue en procès vidéo.
Le football moderne doit trouver un équilibre entre technologie et fair-play. La VAR ne doit pas seulement avoir raison selon le texte. Elle doit aussi rester crédible aux yeux de ceux qui regardent le match.
Car un but n’est pas seulement une ligne dans un règlement. C’est une explosion collective. Et si chaque explosion peut être annulée par une enquête remontant trop loin dans le temps, le football risque de perdre ce qui fait sa force : l’émotion immédiate, l’instinct et la confiance dans le jeu.
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FAQ
Qu'est-ce que l'APP en football ?
L'APP, ou Attacking Possession Phase (phase de possession offensive), est une notion utilisée dans le protocole VAR. Elle permet aux arbitres vidéo de remonter jusqu'au début de la séquence offensive ayant conduit à un but afin de vérifier si une faute, une main ou un hors-jeu a été commis par l'équipe attaquante.
La VAR peut-elle annuler un but plusieurs secondes après le début d'une action ?
Oui. Tant que la phase de possession offensive est considérée comme continue et qu'elle conduit directement au but, la VAR peut revenir sur une infraction commise au début de cette séquence.
Existe-t-il une limite de temps pour l'APP ?
Non. Le règlement de l'IFAB ne fixe pas un nombre précis de secondes ou de passes. Les arbitres évaluent si la possession offensive est restée continue ou si une nouvelle phase de jeu a commencé.
Quelle est la différence entre une nouvelle phase de jeu et une continuité de possession ?
Une nouvelle phase de jeu peut être reconnue lorsqu'il y a une récupération claire du ballon par l'équipe adverse, une interruption du jeu ou un changement significatif de la dynamique de l'action. Si l'équipe attaquante conserve la maîtrise du ballon sans rupture notable, l'APP continue.
Pourquoi l'APP fait-elle débat ?
De nombreux observateurs estiment que revenir très loin dans une action peut nuire à la spontanéité du football. Certains considèrent que la VAR devrait uniquement corriger les erreurs immédiatement liées au but, plutôt que de réexaminer toute une séquence offensive.
Le règlement IFAB autorise-t-il cette pratique ?
Oui. Le protocole VAR publié par l'IFAB prévoit que les arbitres vidéo peuvent examiner la phase de possession offensive précédant un but afin de détecter une infraction commise par l'équipe attaquante.
La VAR est-elle censée arbitrer tout le match ?
Non. Selon la philosophie de l'IFAB, la VAR doit intervenir uniquement pour corriger des erreurs « claires et évidentes » dans quatre situations : les buts, les penalties, les cartons rouges directs et les erreurs d'identité.
Pourquoi certains parlent-ils d'une atteinte au fair-play ?
Les critiques estiment qu'annuler un but pour une faute éloignée de plusieurs secondes ou après plusieurs passes peut rompre l'équilibre entre précision réglementaire et esprit du jeu. Ils considèrent que le football ne doit pas devenir une analyse vidéo permanente de chaque contact.
L'APP est-elle utilisée dans toutes les compétitions internationales ?
Oui, lorsque la compétition utilise le protocole VAR de l'IFAB. La Coupe du monde de la FIFA, les compétitions UEFA et de nombreux championnats professionnels appliquent ce principe.
Le règlement de l'APP pourrait-il évoluer ?
Oui. Comme toutes les Lois du Jeu, le protocole VAR peut être modifié par l'IFAB si les instances estiment que certaines dispositions nuisent à la compréhension du jeu, à son équité ou à son attractivité.